« Pour une analyse de sexe, classe et race » : entretien avec Silvia Federici

 

« La globalisation et la libéralisation de l’économie mondiale ont détruit les systèmes de reproduction des pays du monde entier »

Silvia Federici (1948) est historienne, chercheuse et activiste féministe radicale. D’origine italienne, elle s’est installée aux Etats-Unis au milieu des années 60 pour étudier la philosophie à l’Université de Buffalo. Elle a été enseignante dans plusieurs universités de ce pays et dans les années 80 elle a vécu au Nigéria où elle enseigna à l’université de Port Harcourt et participa activement à des organisations de femme et contre les politiques d’ajustement structurel qui étaient alors testées en Afrique. Actuellement elle est professeure de philosophie politique à l’université Hofstra de Long Island, New York. Ses œuvres sont “The construction of the concept of western civilization and its others” (La construction du concept de civilisation occidentale et ses autres), “Structural adjustment and the struggle for education in Africa” (Ajustement structurel et lutte pour l’éducation en Afrique), “Literary images, political change and social struggle in contemporary Africa” (Images littéraires, changement politique et lutte sociale dans l’Afrique contemporaine) “Il femminismo e il movimento contro la guerra USA” (Le féminisme et le mouvement contre la guerre étatsunienne), “Caliban and the Witch. Women, the body and primitive accumulation” (Caliban et la Sorcière : femmes, corps et accumulation primitive). Dans ce dernier, la féministe italienne évoque le massacre des sorcières comme élément fondateur d’un système capitaliste qui domestique les femmes, en leur imposant la reproduction de la force de travail comme travail forcé et sans aucune rémunération. Pour l’auteure, la transition du féodalisme au capitalisme ne s’est pas produite sans le recours à la violence extrême, puisque “l’accumulation originelle exigea la défaite des mouvements urbains et paysans qui, sous la forme de l’hérésie religieuse revendiquèrent et mirent en pratique diverses expériences de vie communale et de répartition de richesse. Leur anéantissement ouvra la marche à la formation de l’Etat moderne, l’expropriation et la clôture des terres communes, la conquête et le pillage de l’Amérique, l’ouverture du commerce aux esclaves à grande échelle et la guerre contre les formes de vie et les cultures populaires qui fit des femmes comme son objectif principal”. “Au cœur du capitalisme affirme Federici– nous ne trouvons pas seulement une relation symbiotique entre le travail salarié/contractuel et l’esclavage mais nous pouvons aussi détecter la dialectique qui existe entre accumulation et destruction de la force de travail, tension pour laquelle les femmes ont payé un prix élevé, avec leur corps, leur travail, leurs vies”. A partir de l’affirmation de la sociologue allemande Maria Mies (1931) selon laquelle “ce qui d’une part se présente comme développement, d’autre part se présente comme sous-développement”, Federici ajoute que le “principe fondamental est que le développement capitaliste est, toujours et à la fois, un processus de sous-développement.” Cela dépend, bien sûr, de multiples facteurs : “nous nous trouvons plutôt face à un développement inégal et combiné, entrelacé à de grandes expropriations, –appropriations de richesse pour le capital–, dans lequel le degré d’implication du prolétariat dans la lutte de classes, la productivité augmentée par le développement des forces productives dans des sphères de production déterminées et l’état du cycle industriel global forment un résultat pas mécaniquement symétrique dans la distribution mondiale du degré de développement et de sous-développement”.

L’idée d’esquisser l’histoire des femmes dans la transition de féodalisme au capitalisme naît au milieu des années 70 lorsque deux activistes du Wages for Housework Movement, Mariarosa dalla Costa (1942) et Selma James (1930) publièrent respectivement “The power of women and the subversion of the community” (Le pouvoir des femmes et la subversion de la communauté) et “Sex, race and class” (Sexe, race et classe), essais par lesquels elles ont reconfiguré le discours sur les femmes, la reproduction et le capitalisme. A la différence de l’orthodoxie marxiste, qui expliquait l’oppression et la subordination aux hommes comme résidu des relations féodales, Dalla Costa et James proposaient que l’exploitation des femmes avait eu une fonction centrale dans le processus d’accumulation capitaliste, dans la mesure où les femmes ont été les productrices et reproductrices de la marchandise capitaliste la plus essentielle : la force de travail. Pour les auteures, le travail non payé des femmes dans le foyer fut un pilier sur lequel se construisit l’exploitation des travailleurs salariés, “l’esclavage du salaire”. L’analyse de ces œuvres eut comme résultat la publication de Millán en 1984 “Il grande Calibano. Storia del corpo social ribelle nella prima fase del capitale” (Le grand Caliban. Histoire du corps social rebelle dans la première phase du capital), écrit en collaboration avec la féministe italienne Leopoldina Fortunati (1949). Le travail initial devint, vingt ans plus tard, “Caliban et la Sorcière”, livre qui prend pour titre deux personnages de William Shakespeare (1564-1616) : Caliban, le travailleur esclave de “The tempest” (La Tempête) et la Sorcière, que l’écrivain anglais laissait au second plan dans l’œuvre écrite par le dramaturge anglais en 1611. Ces deux noms, Caliban et la Sorcière, synthétisent pour Federici la dimension raciste et sexiste des disciplines que le capital prétend imposer aux corps, mais aussi les figures plébéiennes et désobéissantes depuis lesquelles on lui résiste. L’extermination de la Sorcière représente le début de la domestication des femmes, le vol des savoirs qui donnaient de l’autonomie à l’accouchement, la conversion de la maternité en travail forcé, la dévaluation du travail reproductif comme non-travail, et la massification de la prostitution face à la dépossession de terres communautaires. Enfin, pour Federici, le capitalisme, en tant que système économico-social, est nécessairement lié au racisme et au sexisme : “Le capitalisme doit justifier et mythifier les contradictions incrustées dans ses relations sociales –la promesse de liberté face à la réalité de coaction généralisée et la promesse de prospérité face à la réalité de la pénurie généralisée– dénigrant la nature de ceux qu’il exploite : les femmes, les vassaux coloniaux, descendants d’esclaves africains et immigrants déplacés par la globalisation”. La journaliste Veronica Gago l’a interrogée dans son département de Brooklyn pour l’édition du 15 avril 2011 du journal “Página/12”.

Comment commence votre militantisme féministe aux Etats-Unis ?

Je suis arrivée aux Etats-Unis en 1967. Ici je me suis engagée dans le mouvement étudiant et dans le mouvement contre la guerre. C’est ici que commença également ma participation au mouvement pour la rémunération du travail domestique et mon travail politique à temps complet comme féministe. En 1972 nous avons fondé le Collectif Féministe International, qui devait lancer la campagne pour la rémunération du travail domestique sur le plan international. Aux racines de mon féminisme se trouve, en premier lieu, mon expérience de femme élevée dans une société répressive comme l’était la société italienne des années 50 : anticommuniste, patriarcale, catholique, et avec le poids de la guerre. La Seconde guerre mondiale fut importante pour le féminisme en Italie parce que ce fut un moment de rupture dans la relation des femmes avec l’Etat et la famille, parce qu’elle a fait comprendre aux femmes qu’elles devaient prendre leur indépendance, qu’elles ne pouvaient pas laisser leur survie aux mains des hommes et de la famille patriarcale, et qu’elles ne devaient pas faire plus d’enfants pour un Etat qui les envoyaient se faire massacrer. Quelles en sont les racines théoriques ? Théoriquement, mon féminisme a été un amalgame de thèmes qui venaient tant du mouvement de l’autonomie ouvrière italienne, des mouvements des non salariés que du mouvement anticolonial et des mouvements pour les droits civils et le Black Power aux Etats-Unis. Dans les années 70 j’ai également été influencée par le National Welfare Rights Movement (NWRO), qui était un mouvement de femmes, majoritairement noires, qui luttaient pour obtenir des subventions étatiques pour leurs enfants. Pour nous c’était un mouvement féministe parce que ces femmes voulaient démontrer que le travail domestique et le soin des enfants est un travail social duquel tous les employés bénéficient et que l’Etat avait des obligations dans la reproduction sociale. Notre objectif principal était de démontrer que le travail domestique n’est pas un service personnel mais une vraie œuvre, parce que c’est le travail qui soutient toutes les autres formes de travail puisque c’est le travail qui produit la force de travail. Nous avons fait des conférences, des évènements, des manifestations, toujours avec l’idée de rendre visible le travail domestique dans sons sens large : son implication dans la sexualité, la relation avec les enfants, et pointant toujours les facteurs de fond, la nécessité de changer le concept de reproduction et de placer cette question au centre du travail politique.

Quel est ce conflit entre la lutte pour le salaire et la lutte contre le salaire ?

Notre perspective soutenait que lorsque les femmes luttent pour un salaire pour le travail domestique, elles luttent aussi contre ce travail dans la mesure où le travail domestique peut continuer tel qu’il a toujours été que s’il n’est pas payé. C’est comme l’esclavage. La demande de salaire domestique dénaturalise l’esclavage féminin. Donc le salaire n’est pas l’objectif final mais est un instrument, une stratégie pour parvenir à un changement dans les relations de pouvoir entre femmes et capital. L’objectif de notre lutte était de convertir une activité esclavisante, exploitante, qui était naturalisée du fait qu’elle ne soit pas payée, en un travail socialement reconnu ; c’était subvertir une division sexuelle du travail basée sur le pouvoir du salaire masculin pour diriger le travail reproductif des femmes, ce que j’appelle le “patriarcat du salaire” dans “Caliban et la Sorcière”. En même temps, nous proposions de transcender toute la culpabilisation que générait le fait qu’il soit toujours considéré comme une obligation féminine, comme une vocation féminine.

Il y a un rejet et en même temps une reconsidération du travail domestique ?

Le rejet n’est pas celui du travail de la reproduction en tant que tel, mais s’il s’agit bien d’un rejet de la condition dans laquelle tous, hommes et femmes, nous devons vivre la reproduction sociale dans la mesure où c’est une reproduction pour le marché du travail et non pour nous-mêmes. Une thématique qui était centrale pour nous était le caractère double du travail de reproduction qui reproduit la vie, la possibilité de vivre, la personne et, en même temps, qui reproduit la force de travail : c’est la raison pour laquelle il est autant contrôlé. La perspective était qu’il s’agit d’un travail très particulier et donc la question clé lorsqu’il s’agit de reproduire une personne est : pour quoi ou en fonction de quoi veut-il se valoriser ? Se valoriser pour lui-même ou pour le marché ? Il faut comprendre que la lutte des femmes par le travail domestique est une lutte anticapitaliste centrale. Elle touche vraiment la racine de la reproduction sociale, parce qu’elle subvertit la dévaluation du travail reproductif, elle subvertit l’esclavage sur lequel se basent les relations capitalistes et elle subvertit les relations de pouvoir construites dans le corps du prolétariat.

Comment se modifie l’analyse sur le capitalisme en se concentrant sur le travail domestique ?

Reconnaître que la force de travail n’est pas une chose naturelle mais qui doit être produite, signifie reconnaître que toute la vie devient une force productive et que toutes les relations familiales et sexuelles se convertissent en relations de production. C’est-à-dire que le capitalisme se développe non seulement dans l’usine mais aussi dans la société, qui devient une usine de relations capitalistes comme terrain fondamental de l’accumulation capitaliste. C’est pour cela que le discours du travail domestique, de la différence de genre, des relations homme/femme, de la construction du modèle féminin, est fondamental. Aujourd’hui, par exemple, regarder la globalisation depuis le point de vue du travail reproductif permet de comprendre pourquoi, pour la première fois, ce sont les femmes qui dirigent le processus migratoire. Cela permet de comprendre que la globalisation et la libéralisation de l’économie mondiale ont détruit les systèmes de reproduction des pays du monde entier, et pourquoi ce sont aujourd’hui les femmes qui partent de leurs communautés pour trouver des moyens de reproduction et améliorer leurs conditions de vie.

Comment votre vie au Nigéria dans les années 80 a influencé vos préoccupations ?

Ce fut une période très importante parce que c’est là que j’ai pris contact avec la réalité africaine, avec le monde appelé “sous-développé”. Ça a été un grand processus éducatif. J’y étais dans une période (1984-86) de débat social très intense, en particulier dans les universités, sur la question de l’endettement avec le FMI, après le début de la grande crise de la dette et la fin de la période de développement construite sur le boom du pétrole. Nous avons vu le début de la libéralisation et les premières conséquences de ce programme pour la société mais aussi pour l’école : les grands changements sur la dépense publique, les coupes de financement pour la santé et l’éducation, et le début de toute une série de luttes étudiantes contre le FMI et son programme d’ajustement structurel. Il était clair qu’il ne s’agissait pas seulement d’un conflit provoqué par la misère mais également d’une protestation contre un programme de recolonisation politique. Nous avons clairement vu comment se développait une nouvelle division internationale du travail qui impliquait une recolonisation capitaliste dans ces pays.

La thématique des biens communs, et en particulier, de la terre surgit également à ce moment…

Oui. L’autre chose importante que j’ai apprise au Nigéria a été la question de la terre. Une grande partie de la population vivait de la terre sous le régime de la propriété communale. Pour les femmes en particulier, l’accès à la terre signifiait la possibilité d’élargir leurs moyens de subsistance, la possibilité de se reproduire elles-mêmes et leurs familles sans dépendre du marché. C’est quelque chose qui est devenu une partie importante de ma compréhension du monde. Mon séjour au Nigéria a également élargit ma compréhension de la question de l’énergie, du pétrole et de la guerre qui se déroulait dans le monde, impulsée par les compagnies pétrolières. Au Nigéria il s’est fait dans les années 80 ce qui est arrivé en Europe une décennie plus tard : d’abord un appauvrissement de l’université publique pour ensuite la transformer dans un sens corporatiste par lequel la connaissance qui se produit est uniquement orientée par le marché et déprécie tout le reste.

Que sont les biens communs ? D’où surgit le discours de défense des biens communs ?

Dans le discours des mouvements des années 60 et 70, le concept de “commun” n’existait pas. On luttait pour beaucoup de choses, mais non pour le commun comme nous l’entendons aujourd’hui. Cette notion est le résultat des privatisations, de la tentative d’appropriation et de marchandisation totale du corps, de la connaissance, de la terre, de l’air et de l’eau. Cela a créé non seulement une réaction mais une nouvelle conscience politique, de fait, liée à l’idée de notre vie commune, et provoqua une réflexion sur la dimension communautaire de nos vies. Il y a alors une relation ou une correspondance très forte entre expropriation, production de commun et l’importance du commun comme concept de vie et des relations sociales.

Quelle influence ont les théorisations féministes sur cette question du commun ?

Formuler le commun depuis un point de vue féministe est crucial parce que les femmes sont actuellement celles qui sont le plus investies dans la défense des ressources communes et dans la construction de formes plus larges de coopérations sociales. Dans le monde elles sont les productrices agricoles de subsistances, ce sont elles qui payent le coût le plus élevé lorsque la terre est privatisée ; en Afrique par exemple, 80% de l’agriculture de subsistance est faite par les femmes et donc l’existence d’une propriété communale de la terre et de l’eau est fondamentale pour elles. Enfin, le point de vue féministe s’occupe de l’organisation de la communauté et du foyer. Parce qu’une chose qui me surprend c’est que dans toutes les discussions sur le commun nous parlons de la terre et d’Internet mais on ne mentionne pas le foyer ! Le mouvement féministe dans lequel j’étais engagée parlait toujours de la sexualité, des enfants et du foyer. Toute la tradition féministe, socialiste utopique et anarchiste m’intéresse beaucoup pour la façon dont elles abordent ces thèmes. Il faut faire un discours sur le foyer, sur le territoire, sur la famille et le mettre au centre de la politique du commun. Nous voyons aujourd’hui la nécessité de pratiques qui créent de nouveaux modèles communautaires.

A quoi vous vous referez ?

Par exemple, aujourd’hui aux Etats-Unis, des milliers de personnes vivent dans la rue, dans des sortes de campements, du fait des politiques d’expulsion des logements. Actuellement il y a des campements en Californie du fait de la crise des logements. C’est un moment dans lequel la structure de la relation sociale quotidienne se défait et il existe la possibilité d’une nouvelle forme de sociabilité et de coopération. Je crois que l’expérience du mouvement des travailleurs desocupados (inoccupés) en Argentine fut fondamentale, comme moment où beaucoup de personnes eurent besoin de mettre leur vie en commun. C’est exactement la réinvention de la pratique communautaire.

Comment vous synthétiseriez l’objectif de la chasse aux sorcières ?

La chasse aux sorcières a été un instrument de la construction d’un ordre patriarcal dans lequel les corps des femmes, leur travail, leurs pouvoirs sexuels et reproductifs furent placés sous le contrôle de l’Etat et transformés en ressources économiques. Cela veut dire que les chasseurs de sourcières étaient moins intéressés par la punition d’une transgression spécifique que par l’élimination de formes généralisées de comportement féminin qu’ils ne toléraient plus et qui devaient être vus comme abominables aux yeux de la population.

Mais cette accusation était extensible à des milliers de femmes…

L’accusation de sorcellerie a rempli une fonction similaire à celle de “trahison” –qui fut introduite, de façon significative, dans le code légal anglais dans ces années– et à l’accusation de “terrorisme” à notre époque. L’imprécision de l’accusation –le fait qu’elle soit impossible à prouver, alors qu’en même temps elle évoquait l’horreur– impliquait qu’elle puisse être utilisée pour punir n’importe quel type de protestation, afin de générer une suspicion même sur les aspects les plus courants de la vie quotidienne.

Est-ce qu’on peut dire que dans cette persécution se joue un grande bataille contre l’autonomie des femmes ?

De la même façon que les enclosures ont exproprié les terres communales à la paysannerie, la chasse aux sorcières a exproprié les corps des femmes, lesquelles furent ainsi “libérés” de tout obstacle qui empêcherait le fonctionnement des machines pour produire de la main d’œuvre. La menace du bûcher a érigé des barrières formidables autour des corps des femmes, plus grandes que celles élevées lorsque les terres communes furent fermées. De fait, nous pouvons imaginer l’effet qu’eut sur les femmes le fait de voir leurs voisines, amies, parents bruler sur le bucher et de se rendre compte que n’importe quelle incitative anticonceptive de leur part pouvait être perçue comme le produit d’une perversion démoniaque.

Source : Herramienta

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s